Mission Avril 2011 Aspects Cardio Jean-Marc FERRADOU

Compte rendu de Mission Médicale

en Casamance du 1er au 15 avril 2011

Aspects cardiologie 

par Dr. Jean-Marc FERRADOU

      Je retape par ce dimanche après-midi ensoleillé du 8 mai… les notes que j’ai malencontreusement… mises à la poubelle… de mon ordinateur et soigneusement effacées… Seule l’informatique autorise cette prise de conscience de ce que signifie vraiment perdre son temps ! Du coup vous allez sentir mon fébrile agacement d’autant qu’hier soir j’ai parlé de ces fameuses notes et confirmé qu’elles seraient disponibles pour notre prochaine réunion ! La vie nous ramène toujours à notre petitesse (à la mienne en tout cas !).

Il s’agissait :

– d’abord de considérations générales sur cette mission,

– ensuite de mon rôle qui a consisté en la réalisation d’échographies,

– enfin de réflexions sur le futur…

1 ° – Les considérations générales sur la mission

L’équipe se composait de chef-chefs… Marie-Sylvie Massié (présidente d’AMK) et Christine Julia (médecin pneumologue – co-présidente) et de Gentils Ouvriers : Sylvie Gesbert (infirmière), France Hilary (pharmacienne), Christine Montané (diététi-comptable), Anne Vialla (médecin généraliste) pour les filles, Bastien Julliot (chirurgien-dentiste) et moi-même (médecin cardiologue) pour les gars.

Elle a été soudée, complémentaire, efficace, joyeuse, décontractée bref un bonheur et un honneur pour chacun d’entre nous d’y avoir joué « titulaires » ! Je ne pense  pas trahir le secret des âmes et consciences en disant que chacun des participants s’est fait 7 amis de plus…

Je soulignerai ensuite qu’elle était constituée de personnes pour la plupart en activité professionnelle, pour la plupart dans le secteur libéral, m’est dire que chacun a dû puiser dans son précieux capital vacances 1 à 2 semaines qu’il a consacrées… à donner le meilleur de lui-même. Le don de soi étant le summum  de la valeur humaine et ce d’autant plus qu’il s’adresse à des gens qui souffrent et de façon désintéressée, je suis extrêmement honoré d’avoir eu à faire avec ces 7 individus…

Le projet était principalement médical (l’équipe était à forte connotation « soignante ») : apporter des conseils, des soins, des avis spécialisés, des médicaments… comme le font depuis de nombreuses années l’ensemble des participants aux missions que je salue ici et félicite… Je ne me sens en effet qu’un petit maillon de cette longue chaîne qui relie les hommes, qui les rapproche peu à peu et qui enfin aboutit à leur faire comprendre qu’ils sont tous… frères. Blancs, noirs, jaunes, rouges et bientôt… verts… nous sommes tous membres de cette humanité qui avance et appelés à nous entraider.

A ce titre un des aspects majeurs développés durant cette mission a été de poursuivre et fortifier la collaboration avec les acteurs locaux du système de soins initiée depuis quelques mois par la nouvelle gouvernance de l’association et notamment Christine Julia. Nous avons eu des entretiens avec les infirmiers comme à l’accoutumé mais aussi avec les équipes médicales de l’hôpital d’Oussouye (Dr Badiane, Dr Ndiaye) et de Ziguinchor (chirurpien Dr…). Nous avons été reçus très cordialement et nous avons pu vérifier que de vrais liens étaient nés et ne demandaient qu’à se développer dans le respect mutuel. Ceci augure de bonnes perspectives pour améliorer le service que nous pourrons rendre à l’avenir aux populations locales.

2° – Mon rôle de cardiologue :

Comme prévu et fort heureusement il a été modeste car les maladies cardiaques ne sont pas la préoccupation n° l des habitants de la Casamance. Ils doivent en effet se prémunir de fléaux beaucoup plus prégnants et graves. Sans être épidémiologiste je perçois que les parasitoses (notamment paludisme et bilharzioses), les diarrhées du nourrisson, les vaccinations sont des enjeux d’une autre importance. Je ne pouvais cependant pas m’improviser dans ces domaines-­là car mon travail est centré depuis si longtemps sur le coeur que ma compétence est devenue assez limitée !

L’existence d’appareillages miniaturisés a suscité mon projet de faire profiter la population de Casamance du progrès (banal chez nous…) que constitue l’échographie cardiaque dans le diagnostic, le pronostic et la conduite du traitement des cardiopathies. Dans ce cadre j’ai pu amener un appareil relativement sophistiqué mais peu encombrant qui a bien occupé ma mission…

J’ai en effet pratiqué plus de 200 échographies soit une moyenne de 20 par séance (j’en fais moins de 10/jour en France.. .). Pour chacune les patients ont reçu une synthèse que certains j’espère garderont…

Je voudrais d’emblée rassurer les lecteurs… la plupart étaient normales ou sub-normales car demandées à mauvais escient… cet examen connu de nos confrères sénégalais n’est pas pratiqué à Oussouye faute d’appareil et peu à Ziguinchor semble-t-il (cardiologue à temps partiel). De sorte que tout le monde a voulu son échographie… et l’a eu y compris dans les coins reculés comme à Ourong.

Je tempérerai cette agréable conclusion en soulignant que chez 2 patients jugés asthmatiques, un petit garçon à Kabrousse et une jeune fille à Diembereng, j’ai pu grâce à ce système découvrir deux authentiques maladies cardiaques à sanction chirurgicale.

Sur un plan statistique je dirai qu’une dizaine de patients avaient une maladie cardiaque avérée réclamant une attitude active (un tiers avait été déjà reconnu pour lequel l’écho était « attendue », les autres ayant été découverts par la mission), qu’une trentaine de patients présentaient des anomalies justifiant totalement ce genre d’exploration soit une proportion globale autour de 20% d’échographies « productives » (la France est loin des 100% !). Soulignons que sans AMK aucun de ces patients n’aurait donc été exploré !

Pour triste mémoire une jeune fille de 12 ans dont l’état clinique était dramatiquement altéré et dont l’échographie montrait des anomalies majeures est décédée au bout de quelques jours ce que j’avais malheureusement pu prédire.

La dizaine de cas réclamant une attitude active fera l’objet de conclusions qui resteront bien entendu du domaine professionnel avec notamment le respect du secret médical inhérent à ce type de situation.

– Demain notre rôle… :

Pérennité : grâce la participation d’autres confrères cardiologues et également grâce au concours des équipes médicales locales (médecins, ICP, cadres de santé) ce type d’exploration technique de haute précision et de faible volume pourrait s’avérer très performant à la condition d’une sélection préalable précise des patients que nous pourrions ainsi diagnostiquer, suivre, traiter voire faire opérer.

Une mission tous les 4 mois voire simplement tous les 6 mois devrait apporter de la sorte un bénéfice très substantiel.

Amélioration : d’autres types d’appareils cardiologiques par exemple les ECG pourraient être apportés (ce qui a déjà été fait durant d’autres missions) tout comme ont été amenés des appareils à visée pneumologique. D’autres types encore concernant des domaines différents (fibroscope digestif ?).

Coût : le second problème majeur après celui de la disponibilité et de la motivation des professionnels est celui du financement de ces appareils.

Deux cas de figures existent sachant que ces matériels doivent être financés a priori par des subsides hors Casamance :

–         les appareils de faible coût (< 4 à 5000 euros) pourraient être financés par l’association sous forme d’un achat,

–         les appareils de coût élevé (> 5000 euros) pourraient être financés par l’association soit par achat soit par location sur des périodes brèves (2 fois 15 jours dans l’année ?). L’échographe entre dans cette catégorie des appareils chers ; je ne sais pas formellement si l’on peut louer sur ce mode mais cela méritera d’y réfléchir.

Maintenance : il semble pour l’instant que les matériels portables doivent être amenés pour les missions et ramenés ensuite en France si l’on veut espérer une longévité satisfaisante du matériel.

En synthèse je dirai que nous avons passé une agréable quinzaine en Casamance principalement par la valeur des relations établies avec les patients bien sûr d’abord, avec les professionnels soignants locaux ensuite, enfin avec la population dans son ensemble qui nous a reçus d’une façon digne, respectueuse, bienveillante et cordiale.

Je tiens à remercier tous les gens qui nous ont permis de vivre cette expérience : ceux qui oeuvrent dans l’ombre, ceux qui oeuvrent dans la lumière, ceux qui écrivent, ceux qui pansent, ceux qui parlent, ceux qui-se taisent enfin nos collaborateurs locaux notamment Serge, Ibou, Maïmouna, les gens qui nous ont hébergés et tous ces autres dont le nom m’échappe mais dont le sourire a été constamment pour nous la plus grande des récompenses.

Vous redire un grand merci à tous car vous nous avez permis de « vivre au-­dessus de nos moyens », de nous « élever un instant » car au bilan de ce qui fait la vraie richesse de l’homme ce qui compte… c’est tout ce qu’il a la chance de donner.

Plus simplement vous aurez compris… que nous sommes prêts à repartir.

A Beaumont le 8 Mai 2011   Dr Jean-Marc FERRADOU

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