CR Mission Santé Publique Bilharziose décembre 2012

COMPTE-RENDU DE LA MISSION  SANTE PUBLIQUE de décembre 2012

 Participants : Docteur Didier Basset (chef de mission), Docteur Marie-France Frutoso (anthropologue), Docteur Chloé Stengel (IMG), Docteur Laura Basuyau (M.G.), Annie Basset (biologiste). Pour la logistique : Hervé Canivet, Jean-Pierre Solaro

             L’objectif de cette mission était de compléter les résultats obtenus au cours des 3 premières missions (déc. 2010, nov. 2011, avr. 2012) reprenant la lutte anti-bilharzienne interrompue en 2005, afin d’en déterminer le niveau de prévalence actuel. Cette mission a été la première à s’intéresser à l’approche anthropologique des maladies chez l’ethnie Diola grâce au précieux concours de Marie-France. Le passage à Eloubaline a confirmé l’urgence d’une intervention sur l’eau potable pour ce village.

programme mission

 La lutte contre la bilharziose urinaire : il restait à compléter un certain nombre de classes sur Cabrousse et Diembering afin d’évaluer l’efficacité de nos traitements précédents, de vérifier l’action sur Nikine, où la prévalence était impressionnante, l’an passé, et de confirmer l’impact de la maladie à Eloubaline, entrevue en avril.

 a)    Kabrousse 

Kabrousse1

 Kabrousse2

              Nous sommes loin des premiers chiffres impressionnants de prévalence de 2002 (rappel : 67 %). Suite à la reprise de la maladie après 5 années d’interruption de la lutte (48 % en 2010), nous avons beaucoup travaillé sur ce village pour arriver à 22,57 % en global pour cette mission. Pour aller plus loin dans la sensibilisation des élèves, nous avons associé le travail de dépistage suivi du traitement par des actions d’éducation pour la santé : la présentation d’une saynète préparée par les élèves du lycée sur un texte de Valérie « Badji » et une chanson sur les dangers de la bilharziose, paroles de Chloé « Diédhiou » et Laura « Bassene » (elles se reconnaîtront), musique de Denis Diatta, intitulé : « Oh ! Bilharzi-ose, c’est dangereux »….un franc succès !

 b)   Diembering :

Diembering1

               Pour Diembering, par contre, nous avons eu une déception. Malgré les efforts de sensibilisation faits dans ce village, les chiffres obtenus en décembre confirment une remontée déjà patente en avril. Le grand « responsable » est, semble-t-il, la grande mare résultant de l’exploitation de la carrière de sable sur la route de la plage. Les enfants continuent de s’y baigner, en grande partie pour la pêche au mépris des conseils de prudence, longuement prodigués. Une partie de l’équipe a surpris, effectivement, un bon nombre d’enfants dans l’eau. Faudra-t-il aller jusqu’à interdire la baignade ? Nous ne pourrons le faire qu’avec l’aide des autorités.

c)    Nikine :

 Nikine

           L’an passé, la mission de novembre avait décelé un taux d’enfants atteints extrêmement élevé : 82 %. Simplement, dans ce petit village, la problématique semble plus simple car une seule mare est contaminante. Une action de sensibilisation avait été entreprise ; elle semble porter ses fruits puisque la prévalence est descendue à 17 %. Les quelques enfants dépistés et faiblement positifs sont ceux que l’instituteur a surpris se baignant dans la mare.

 d)   Eloubaline :

Eloubaline

             Les valeurs de prévalence confirment les résultats obtenus en avril par Christelle et Valérie sur un petit échantillon. Problème : lorsque nous leur avons montré Bulinus truncatus, hôte intermédiaire dans la région, ils n’ont pas semblé le reconnaître. S’agit-il dans la région d’Eloubaline d’un autre Bulin plus petit, B. globosus ou africanus ou les enfants ont-ils été contaminés dans un autre village ? A moins qu’il ne s’agisse d’une autre cause d’hématurie, ce qui est fort peu probable dans une zone d’endémie potentielle et dans cette tranche d’âge. Ce sera un problème à élucider lors de prochaines missions.

          Autre chose, nous avons échangé sur les problèmes de mise à disposition d’eau potable dans ce village, qui est réel. Ayant eu, en cours de « Master 2 sur l’eau » à l’ENGREF, une étudiante, ingénieure, désirant avoir une expérience tropicale dans ce domaine, je lui ai proposé une étude d’impact en tenant compte, bien entendu, des projets sur Oukout.

 Au Total : La mission a ainsi permis de détecter et de traiter par praziquantel :

Total

         Remarques : en mai 2012, une campagne de masse de distribution de praziquantel a été effectuée dans la région. Nous avons, dans nos contrôles observés très peu d’enfants traités à cette période. En fait, la campagne de distribution a été rapidement arrêtée du fait du nombre important d’effets secondaires. Le praziquantel utilisé n’était pas celui de Merck mais un générique d’origine chinoise. Les effets adverses les plus importants ont été chez les enfants à jeun. Ayant bénéficié du même générique, nous avons pu aussi observer ces effets secondaires, le plus souvent à type de nausées mais aussi, chez une jeune fille des symptômes simulant un accès palustre avec frissons, céphalées, malaise général. Heureusement le TDR était négatif et les symptômes ont cédé au bout d’une demi-heure.

         Une analyse statistique plus fine va être réalisée prochainement, en y associant les précédentes missions et, à la demande du Docteur Badiane, nous allons préparer un article pour sensibiliser les autorités sur l’importance de ce foyer de bilharziose urinaire méconnu.

          Les techniques d’éducation pour la santé se sont diversifiées ; nous avons présenté dans un premier temps la maladie puis, après le dépistage et le traitement de chaque classe, nous avons proposé un jeu de cartes à réponses ouvertes sur la bilharziose et, plus généralement l’hygiène (préparé par Annie Basset et Danièle Dememes). Outre un concours de dessin réalisé avec les 2 CM2 de l’école primaire n°1 de Diembering, nous avons réalisé un montage power-point à destination des 6èmes du collège catholique. Il semble que le niveau était un peu élevé ; il a quand même donné suite à une discussion intéressante avec les élèves. Nous avons eu à Oussouye un échange très intéressant avec Ibrahima Ba, chargé de l’éducation pour la santé. Lors des prochaines missions, nous avons envisagé de faire une émission sur la bilharziose à la radio locale, très écoutée. Un créneau horaire d’une heure, le dimanche soir à 20 heures leur est réservé.       Dès le premier jour, nous avons demandé à des élèves du lycée de Cabrousse de jouer une petite saynète préparée par le Docteur Valérie Crassous-Garambois. Ils ont un groupement culturel qui s’exerce à des pièces de théâtre, ce qui a facilité les choses. Malheureusement, de nombreuses révisions n’ont pas permis qu’ils appréhendent totalement le texte, un peu modifié par eux. De plus, la scène s’est joué le deuxième vendredi de la mission, en plein air où le moindre brouhaha est gênant.

         Sur l’impulsion de Chloé et Laura, un texte sur la bilharziose et ses dangers a été écrit et mis en musique en moins de 48 heures par Denis Diatta. Qu’il en soit remercié. Il a chanté sa chanson devant le lycée de Cabrousse, à l’extérieur, devant tous les élèves. Succès garanti. Nous avons organisé une réunion avec le comité de santé et, nous avons bien fait car ils ne se rendaient pas compte réellement du travail effectué préalablement sur la bilharziose. Nous avons pu leur montrer des résultats chiffrés. Un long échange avec l’infirmier de Cabrousse, Ismalia Baro nous a permis de montrer aussi, de façon constructive, le travail effectué.

           Marie-France, en dehors de l’aide qu’elle nous a apportée sur ce travail a questionné discrètement et échangé longuement sur les traditions Diola et leur perception des maladies. Ce travail sera d’une aide particulièrement précieuse pour l’avenir car, il est bien évident que ce n’est pas avec notre approche occidentale que nous réglerons efficacement les problèmes de santé. En particulier, nous avons appris leur approche réelle de l’hématurie (sang dans les urines) et de la bilharziose par rapport aux fétiches. Je laisserai à Marie-France le soin de développer ce beau travail.

         A chaque mission de santé publique, l’habitude est prise d’organiser une soirée avec les jeunes filles de l’internat. Elle a eu lieu le 2ème mercredi de la mission. Cet échange étant 100 % féminin, je laisserai la parole à Chloé et Laura pour vous faire part de leurs réflexions.

             Il me reste le plus dur à dire, c’est-à-dire l’ambiance de la mission. Nous avions la chance, cette année, d’être « managés » par deux logisticiens. D’abord, Hervé, avec sa gouaille et son efficacité habituelle. Juste à bien expliquer à l’avenir les écoles à dépister. Elles sont maintenant souvent au nombre de deux et bien préparer, ensemble, le pré-programme. Ensuite, Jean-Pierre dont c’était le baptême du feu. Gérer les comptes, effectivement, ce n’est pas facile et puis, notre camion avec les portes qui ferment mal, les problèmes de retour sur Diem dans une cabine qui ne sentait pas l’eau de roses…

              Merci à Annie, ma fidèle compagne des bons et des mauvais jours. Merci à Marie-France qui nous a ouvert les yeux sur une culture riche mais pas toujours facile à comprendre. Merci à Chloé, dont c’était la deuxième mission. Sa clairvoyance et son sens de la critique constructive nous ont été bien précieuses. C’est une future chef de mission pour AMK, sans nul doute. Merci aussi à Laura qui s’est très bien adapté pour sa première mission. En espérant que cette première expérience te soit profitable et que tu la renouvelleras avec AMK.

Merci à tous pour votre bonne humeur.

Didier Basset, le 11 janvier 2013

Publicités
Cet article a été publié dans Comptes-Rendus des MISSIONS, RECAP documents publiès. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s