Compte-rendu mission de Santé Publique novembre 2015

COMPTE RENDU   MISSION   SANTE PUBLIQUE AMK                                                                             (21 novembre         –        5 décembre 2015)

Réalisé par le Docteur Didier Basset   avec la participation des Docteurs Marie-France  Frutoso et Elisabeth Picou

Participants : Docteur Didier Basset, chef de mission, –  Annie Basset, biologiste,               – Docteur Marie-France Frutoso, anthropologue, – Docteur Elisabeth Picou, biologiste, -Pauline Bouret, technicienne de laboratoire.

Objectifs de cette mission :

1     Evaluer l’impact de la campagne de masse du service national de santé effectuée  avant l’hivernage 2015

2      Multiplier les actions de Communication pour Changement de Comportement  (C.C.C.) ; évaluer celles qui semblent avoir le plus d’impact.

3     Chercher à comprendre le schéma épidémiologique et son évolution par rapport à 2005.

Programme :

programme1 La prévalence :

            Depuis 2012, le Sénégal a été retenu avec 4 autres pays africains comme objectif prioritaire dans la lutte contre 5 maladies négligées dont la bilharziose. A ce titre, le pays bénéficie d’un traitement de masse annuel contre cette maladie depuis 2012. Cette année-là, des effets indési-rables dus à un générique chinois ont obligé d’interrompre la campagne. Depuis,    chaque année, le pays, dont la Casamance, bénéficie d’un traitement annuel).

              AMK intervient donc, maintenant, en complément de cette action. A partir de l’an prochain, la responsable nationale de ce programme, Mme Fatou Badiane a proposé à nos équipes de nous associer à l’exécution de ce programme de lutte).

           L’étude a été centrée sur les deux gros foyers à l’origine de l’action  d’AMK: Diembering et Cabrousse ainsi qu’au village de Nikine qui avait eu par le passé une forte prévalence. Seule, une classe correspondant à  chaque tranche d’âge a été tirée au sort et retenue du CI à la 3eme.

Tableau des résultats :

CabrousseDiembering         Cabrousse : l’action combinée d’AMK et des campagnes de masse gouvernementales (depuis 2012) donne des résultats spectaculaires : 7% à comparer aux 67 % au début  de la campagne de lutte en 2001.

              –  Diembering : les résultats,  bien qu’encourageants, ne sont cependant  pas à  la hauteur des efforts entrepris depuis 15 ans. La prévalence est encore de 17 %. Par rapport à la valeur initiale de 45 %, c’est un résultat non négligeable mais dès 2004, elle était déjà de 14 %. Surtout, il y a une grande disparité qui ne correspond pas, comme au début de l’étude, aux tranches d’âge. 3 classes se distinguent : le CE1 et le CM1 de l’école publique 1 et la 5ème du C.E.M. qui font augmenter le taux de prévalence.  Pour les autres classes, on observe les mêmes bons résultats que sur Cabrousse.

            Tous les élèves dépistés positifs ont été traités par praziquantel en traitement-minute à  la dose de un comprimé pour 15 kgs de poids. Du fait de l’intervention du programme national avant l’hivernage, nous n’avons pas bénéficié de la dotation nationale. Pour éviter les « occasions manquées « , nous avons utilisé une boîte de 200 cps fournie par AMK, ce qui nous a permis de traiter 89 enfants, soit une moyenne de 2,25 cps par enfant.

2 Les techniques de CCC

Plusieurs actions ont été  menées et adaptées à l’âge des enfants :

–  A chaque dépistage, un rappel des risques et suivi de l’interprétation d’un jeu de cartes avec   les élèves.

jeux      -Concours de dessins sur le thème de la transmission pour les petites classes (CP et CE1)                                                                                                                                          -Saynète au Collège avec le professeur de SVT; elle n’a pas pu être réalisée pendant notre trop court séjour mais sera proposée pour les fêtes de fin d’année scolaire.                              – Chanson : « Oh! bilharziose, c’est dangereux… » réalisée en collaboration avec un chanteur local, Denis Diatta et interprétée devant les élèves de l’école  primaire n 1 de Diembering.

         Denis Diatta interprétant la chanson « Oh ! Bilharziose, c’est dangereux… »

Denis 3       Le schéma  épidémiologique :

         Dans les premières années,  nous étions partis sur le constat d’une transmission principale par l’eau des mares faisant suite  à  la saison des pluies avec la problématique des « mares sacrées » de Cabrousse Mossor. Cette  problématique a été confortée en 2012 par la reprise de la transmission à Diembering à  la suite de la création d’une nouvelle mare où  les enfants pêchaient les silures.

escargots                                                             

         Cette année, la recherche des Bulins, hôtes intermédiaires, a été infructueuse dans les mares ; par contre, très prolifique dans les rizières,  ce qui relance un questionnement constant sur l’intensité de la transmission dans ces lieux incontournables pour la population. Il s’agit toujours de Bulinus truncatus; les exemplaires trouvés étaient particulièrement gros et leur ouverture, déjà scellée pour préparer l’enfouissement dans le sol. Il n’y avait plus de risques de transmission dès lors.

         La recherche des cercaires en laboratoire a été négative et s’explique probablement par la faible prévalence actuelle.

4        Le questionnaire : ce dernier avait été préparé afin de recueillir des informations, côté adultes, sur leur perception de la maladie. Une ébauche a été tentée auprès des femmes deDiembering. Il s’est avéré, vite, trop complexe. A l’avenir, il faudra qu’il soit plus simple dans sa formula tion. De plus, il faudra tenir compte de la notion de différence de symboles entre les diola et nous : notre implicite n’est pas  leur implicite, d’où l’importance de trouver une pensée commune, un discours et des objectifs communs (M.F. Frutoso).

 Il en ressort, néanmoins quelques points intéressants qui seront notre conclusion :           – Les actions d’AMK sur les enfants et la bilharziose restent très peu connues de la population. Il n’y a pratiquement pas de communication entre les enfants et les adultes. Pour la majorité de la population adulte, la transmission de la maladie se fait toujours par l’ingestion de l’eau de boisson. Elle n’est pas une maladie grave car toute la famille, depuis des générations, a eu la bilharziose. Ce peut être, même, une fierté pour la maman qui voit son fils uriner rouge et assimile ce symbole à l’adolescence. Et puis, il y a l’approche traditionnelle à travers le kataf (fétiche) du javelot.                                                                Pour les rizières, loin des latrines, il est important de porter le message de ne pas uriner dans l’eau mais, éventuellement sur un terre-plein sec pour minimiser les risques.

Il reste donc beaucoup d’efforts de communication à faire.

            Cela implique la nécessité de rechercher les personnes « clé » du village et impliquer les chefs de quartier, les responsables des femmes, leur faire comprendre les dangers potentiels et les inciter dans leur domaine de compétence, par exemple,  à faucarder les mares et améliorer l’hygiène.

-Il faudra à l’avenir identifier des relais possibles pour passer les informations et susciter les bonnes pratiques à développer afin d’éviter la reprise de la transmission et prévoir la formation de ces relais, qui seront aussi bien des hommes que des femmes puisque la notion du Genre intervient fortement dans cette société.

     Il serait souhaitable de réaliser à nouveau une enquête d’incidence informant de la dynamique de transmission, cette dernière était encore importante en 2012 (24 %, un enfant sur quatre se contaminait pendant la saison de transmission, la saison des pluies).

      Cette mission marque la fin des campagnes exclusives d’AMK sur la bilharziose. Les prochaines missions devront se faire en liaison étroite avec les équipes du programme de lutte contre les maladies négligées du Sénégal auxquelles on nous a proposé de nous associer.

 

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