Focus sur le bilan de la campagne de lutte contre la bilharzioze

Bilan d’une campagne de lutte contre deux foyers de bilharziose urinaire en Basse Casamance (Sénégal) : approche logistique, épidémiologique et thérapeutique ; intérêt de l’approche éducative pour changements de comportements

En 2001, de nombreuses hématuries ont été constatées chez des enfants en Basse Casamance (1) dans le département d’Oussouye, secteur d’intervention de l’association «Actions Médicales Kassoumaye» (AMK). Une campagne de lutte a été décidée en deux étapes, de 2001 à 2005 puis de 2010 à 2015 sur l’ensemble des enfants du département. Cette action a été menée en partenariat avec le ministère de la Santé et de l’Action sociale sénégalais.  Nous remercions les directeurs successifs du programme sénégalais et les médecins-chefs du district d’Oussouye pour leur forte implication.  Pour AMK, elle a fait l’objet de 12 missions spécifiques faisant intervenir plus de 20 membres d’AMK au total ainsi que des participations ponctuelles.

Le Docteur Didier Basset, responsable des actions de santé publique au sein d’AMK,  a présenté le programme et son bilan les 29,30 et 31 mars derniers, dans le cadre du congrès de parasitologie de Toulouse. Pour cette occasion, un poster et une présentation orale ont été réalisés ; nous les détaillons dans cet article :

LE TERRAIN : la Casamance est une région très plate, composée de nombreuses zones inondables salées entourées de mangroves ; les principales ressources sont la culture du riz et la pêche. Les Diolas, peuples encore très traditionnels, constituent l’ethnie principale du Département.

MATERIELS ET METHODES : chaque village de ce département de 45 000 habitants a été dépisté de façon la plus exhaustive possible (15 000 enfants environ) au moyen de bandelettes colorimétriques (2) avec l’apport, à partir de 2004 d’un petit laboratoire (3) pour compléter les données épidémiologiques (T. I). La cible était les enfants scolarisés de 6 à 14 ans en traitant systématiquement par praziquantel en traitement-minute (1cp pour 15 kgs) les cas positifs ayant une croix et plus d’indice colorimétrique (4). Cela représente, en tout,  plus de 3000 enfants traités. Les filles positives en période de cycle menstruel ont été écartées des statistiques.

RESULTATS : le taux de prévalence global dans la plupart des villages ne dépasse pas 16 à 20 %, ce que confirme l’enquête sénégalaise de 2003. Par contre, la prévalence est particulièrement préoccupante dans les deux gros villages de Diembering et Kabrousse, respectivement 45,60 % et 67,44 %. Le taux d’incidence, recherché chez les enfants négatifs qui se sont positivés en saison des pluies, période de transmission,  est élevé : 26 %. Il marque la dynamique de transmission. Dans un premier temps en 2005, la prévalence avait notoirement baissée sur ces 2 villages (des deux tiers) et, 5 ans plus tard sans intervention, remontée à des taux intermédiaires. Aidée par une campagne d’éducation visant à changer les comportements (5,6,7) et les récents traitements de masse du programme national, la prévalence a été réduite respectivement à 12,74 et 7,03 % en 2015 (T. II). Le vecteur, abondant sur place, est Bulinus truncatus (8).

ANALYSE : Le dépistage-traitement, seul, même s’il est efficace, n’est pas durable dans le temps comme l’atteste la période 2005-2010 où, sans mesures d’accompagnement, on assiste à une remontée significative de la prévalence. De gros efforts ont donc été apportés, surtout à partir de 2010 sur l’éducation pour changements de comportement. Malgré cela, il  a suffi d’une intervention humaine (trou à bancos) pour perturber l’évolution favorable à Diembering (en 2 ans passage de 26 à 35 % de prévalence).

Au plan épidémiologique, 3 problèmes de transmission ont été identifiés : les mares pérennes, les mares sacrées, les rizières. Pour les premières (9), le principal conseil était au minimum d’éviter d’uriner dedans, sinon de les interdire à la baignade; pour les secondes (10) où « il est bon de se baigner » pour la tradition, nous avons fait intervenir efficacement les chefs traditionnels: un fétiche guerrier intervient pour expliquer la bilharziose urinaire chez les Diolas ; pour les troisièmes (11), étant donné l’activité économique basée sur le riz, seules des mesures d’information et de conseils ont pu être entrepris.

CONCLUSION: pour être efficace dans la durée, une campagne de lutte doit s’accompagner, à la fois, de mesures visant à changer les comportements et d’une étude sérieuse des modes de contamination. Les autorités sénégalaises souhaitent impliquer AMK dans la sensibilisation des risques de cette grave maladie. L’éducation pour changer les comportements dans le département d’Oussouye demeure une préoccupation de l’association.

Nous continuons par ailleurs de suivre activement plusieurs projets : la création du cabinet dentaire d’Elinkine, le financement d’un appareil radio dentaire portatif, de brosses à dents et de petit matériel médical, le nouveau local de la garderie de Diembering, …

Nous continuerons de vous tenir informés de l’avancée de ces projets !

Vous souhaitez nous rejoindre ou soutenir nos actions : contactez-nous par mail sur a.m.kassoumaye@gmail.com

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