VICTOIRE pour l’appareil de radiologie à Oussouye

Victoire acquise : l’appareil de radiologie marche

MISSION   PNEUMO  MARS  2013

           Les docteurs Christine Julia et Patrick Bernard sont à nouveau partis en mission pneumo à l’Hôpital d’Oussouye du 3 au 10 mars pour les derniers réglages avant la mise en route réussie de l’appareil de radiologie.

             Voilà un an-et-demi que cet appareil était démonté à Toulouse par Electriciens sans frontières, ensuite bien emballé sur 8 palettes, chargé sur camion en direction du Havre. Après les étapes Le Havre – Dakar, puis Dakar- Ziguinchor, enfin l’étape Ziguinchor – Oussouye. L’acheminement de tout ce chargement ne fut pas simple, il fut même très laborieux, voir même épuisant pour ceux qui s’étaient imposés ce challenge : les docteurs Christine Julia et Patrick Bernard.

            En avril 2012, le chargement arrivait enfin à « bon port », mais il fallait encore partir à la recherche d’une palette égarée en cours de route. Fin avril 2012 la même équipe d’Electriciens sans frontières, très confiante,  arrivait à Oussouye pour remonter l’appareil. Opération réussie, branchement réussi, pensait-on ! L’objectif recherché n’était pas encore atteint, les derniers réglages n’étaient pas évidents.

              Après presque un an d’incertitudes et parfois de déceptions, il fallait faire  encore un effort !!! Pourvu que ce soit le dernier !! L’intervention d’un technicien de Dakar était nécessaire. Ouf ! ce dernier effort était bien le bon. La ténacité de Christine et Patrick a porté ses fruits, l’appareil marche, les premières radios sortent (voir photos). Leur retour à Toulouse le 10 mars dernier était plein de la satisfaction du devoir accompli. Voilà leurs conclusions :

 L’appareil de radiologie est opérationnel. Plusieurs clichés ont été réalisés et sont d’excellente qualité.   Le technicien Abdoulaï DIAA (Dakar) est prêt à revenir faire une révision complète de l’appareil (jamais effectuée), avec l’accord du Docteur BADIANE.  Les déplacements antérieurs et les réparations réalisées par ce technicien ont été pris en charge  financièrement  par l’Hôpital d’Oussouye.

           Un problème important va se régler, celui de l’approvisionnement en consommables (révélateur, fixateur et films). Un dépositaire AGFA est installé à Dakar et la pénurie de ces produits semble levée. Nous restons en contact.

            Pour un fonctionnement réglementaire, il est obligatoire que les clichés soient effectués par un Manipulateur agréé. Un accord est en cours de signature avec l’Hôpital de Ziguinchor (Docteur BOB) pour qu’Arona DIALLO puisse effectuer cette formation dans les plus brefs délais.

             Nous avons accepté au nom d’AMK le principe d’une participation (environ 300 euros) de la formation d’Arona. Ce sujet doit être débattu très rapidement avec les membres du CA. Marie-Sylvie est déjà informée par une lettre de demande du Docteur Ousmane N’DIAYE.

    photos radio
Réactions de plusieurs membres du CA d’AMK, auxquelles tous les autres membres s’associent :  

 Bravo à tous les deux, Christine et Patrick,  pour avoir réussi jusqu’au bout, à régler tous les problèmes rencontrés. Souhaitons que le Docteur Badiane et toute son équipe se responsabilisent complètement pour respecter tous vos efforts, et qu’ils assurent une maintenance permanente de cet équipement.

Je m’associe à ces félicitations d’autant plus que je sais que le suivi et l’aboutissement d’un tel  projet au Sénégal c’est beaucoup d’énergie à déployer.   (NB : la réalisation de l’internat de Diembering ne fut pas non plus une cinécure).

 UN GRAND MERCI est aussi à adresser à tous ceux (SADIR, Clinique Pasteur, Electriciens sans Frontières, Dct Badiane, …)  qui par leur contribution ont apporté, tout au long de la chaîne, leur contribution à la réussite de ce projet qui, à prime abord, n’était vraiment pas évidente.

 2 photos avril 2013

 

Lettre aux parrains de l’Internat de Diembering – mars 2013

   La lettre aux parrains et marraines                                                                                   de l’internat pour jeunes filles de Diembering,   mars  2013

            Cette dernière rentrée  de septembre 2012  s’est faite avec un effectif complet puisque l’internat accueille maintenant 30 filles encadrées par les 2 directrices, Marie-Hélène et Amy qui a remplacé Joséphine ; Amy faisait partie, depuis son ouverture du  Comité de Gestion de l’internat.

              J’ai profité de mon dernier séjour à Diembering, en février 2013 avec la mission médicale d’AMK, pour vous rapporter quelques témoignages « vivants » de ce que représente l’internat pour la communauté villageoise et en particulier pour les parents concernés.

Voici donc leurs courriers ainsi que celui des 2 directrices, parties prenantes du projet.

 Rencontre avec Loly une maman  qui vit avec sa famille à Karabane une ile accessible qu’en pirogue

           Nous avons  rencontré Loly, la maman de Aby  pensionnaire à l’internat, lors de notre passage.sur l’ile de Karabane. Elle pose sur cette photo avec ses 2 autres filles ( les petites sœurs d’Aby) et deux nièces .  Idrissa le papa est instituteur à l’école primaire.de Karabane. Voici ses propos :

 «  Aby est allée au collège en 6ème à Ziguinchor. Elle était logée dans la famille, mais ne travaillait pas. Elle n’était pas assez encadrée et passait plus de temps à faire la cuisine qu’à étudier. Nous sommes pauvres mais je veux que ma fille apprenne. Je travaillais dans un campement, mais avec 3 enfants ça n’a plus été possible. Son papa voulait qu’elle aille à Diembering à l’internat. Depuis qu’elle y est, elle a changé. Elle a de bons résultats. L’internat lui va bien. Elle a fait des bêtises en début d’année mais elle s’est bien reprise. Elle ne rentre que pour les vacances et quand l’internat est fermé elle va chez Marie-Hélène (la Directrice). Elle me donne souvent des nouvelles. Son papa lui avait dit en début d’année : si tu n’as pas la moyenne ne vient pas chez moi. Il voulait lui faire peur, et ça l’a boosté. »             Loly tient une petite « boutique «  ou elle vend ses  confitures  aux quelques rares touristes de passage. Elle y expose aussi de  beaux  batiks qu’elle peint à la main

1 mars 2013

 Lettre d’Augustin Sagna de Nikine

        « Chers parrains et marraines,   Tout d’abord recevez mes salutations les plus sincéres et respectueuses. Merci à vous d’avoir construit un si bon et joli internat car ma fille parle mieux français et ses notes ont progressé. Lorsque je suis venu pour la première fois j’étais impressionné car les toilettes étaient carrelées, le bâtiment est très large, les chambres sont vastes et les lits sont confortables. La nourriture est excellente. Je suis vraiment contente d’avoir amené ici ma fille et je ne le regrette surtout pas. Merci à vous. Dieu seul à le pouvoir de vous récompenser pour tout ce que vous faites pour eux surtout que vous les financiez car la vie est très dure au village. Vraiment merci à vous et sachez que nous prions pour vous tous les jours.     

2 mars 2013                                                                                                    

 Lettre d’Etienne Diatta de Bouyouye

           « Chers parrains et marraines,      Tout d’abord je vous salue avec un cœur plein de joie, car depuis l’existence de l’internat ma fille s’est plus améliorée à sa capacité d’études. Elle s’exprime mieux en français. Loin du village, de l’ambition l’enfant peut se contenter d’étudier. Déjà le lieu est mieux placé pour étudier. J’ai apprécié le plan, les toilettes, le bâtiment et la cuisine sont un peu écartées. Au bâtiment les chambres sont bien alignées. La dernière fois que j’y suis allé, j’ai trouvé les filles à la salle d’études, ce qui m’a beaucoup impressionné.  Vraiment l’internat est un milieu bien fait pour l’avenir des enfants. »

3 mars 2013

 Lettre d’Emile Ndiaye de Wendaye

             « Chers parrains et marraines          Tout d’abord je vous présente mes salutations les plus respectueuses.   Ma fille vit à l’internat depuis trois ans. Cette année elle est en classe de quatrième au collège. Elle m’a dit qu’à l’internat on s’occupe d’elles très bien, elles mangent bien et se couchent sur des lits confortables. J’ai remarqué qu’elle a beaucoup changé, elle est devenue polie, respectueuse et très courageuse. Auparavant elle était très indisciplinée et paresseuse, elle n’aimait pas nous aider sur les travaux champêtres. Nous sommes heureux parce qu’elle est l’ainée et on ne compte que sur elle. Vraiment elle a beaucoup changé grâce à l’internat. Maintenant elle s’exprime bien en français. Nous sommes contents et merci pour tout. »

4 mars 2013

 Lettre de Diénaba Diallo de Cap Skirring

             « Salut     Je suis parent d’élève de deux filles de l’internat. Il y a trois ans de cela qu’elles y sont allées, mais je n’ai aucun regret car la dernière fois que j’y suis allée j’ai vraiment apprécié. Je vois qu’elles ont de bons résultats scolaires, qu’elles s’expriment sans gène en français ce qui n’était pas le cas. Je trouve que l’internat est bien placé pour la réussite de toutes ces filles qui y habitent. Je trouve que l’internat a aidé des parents comme moi par exemple. Les filles sont en bonne condition et elles s’alimentent bien. Chers parrains grâce à l’internat mes filles ont su des choses qu’elles ne connaissaient pas avant, comme la vie en communauté, la tolérance, l’amitié etc …  Merci pour ce que vous faites pour ces filles financièrement. Vous nous avez beaucoup aidé nous parents d’élèves de l’internat. »

 Lettre d’Amy Diatta, Directrice de l’internat de Diembering

           « Chers parrains et marraines         Je suis venue à l’internat depuis le 11 octobre 2012. J’ai toujours été active dans les activités de l’internat étant membre du comité depuis 2010. Me voici comme directrice à l’internat dans le but d’aider les enfants dans les études et aussi à participer dans leur éducation. Je suis professeur de mathématiques et SVT (Science de le vie et de la terre) au collège où la majeure partie des filles étudient.

      Je contrôle bien leur travail à l’école. Je trouve l’internat très intéressant car les filles sont bien nourries , logées dans des bonnes conditions. Partout dans la Communauté rurale de Diembering nous sommes sollicitées à accepter la demande des parents pour leurs filles.

       Alors chers parrains et marraines je suis très heureuse de me retrouver à l’internat. Merci chers parrains et marraines de vouloir aider financièrement les filles dans les études.    Au revoir »

5 mars 2013

 Lettre de Marie-Hélène Diatta, Directrice de l’internat de Diembering

           « Bonjour !        Je suis à l’internat depuis janvier 2010. L’internat comportant des jeunes filles des villages de la communauté rurale est devenu une passion pour moi. Car les enfants ont toujours été ma priorité. La preuve je suis institutrice à l’école élémentaire de Diembering. Ce qui me fait plaisir dans cette vie, c’est que la plupart des enfants qui viennent pour la première fois sont tristes, timides et un peu méfiants. Mais au terme de leur première année, elles deviennent joviales et animées d’un profond bonheur qui ne leur empêche pas de rendre compte à leurs parents. Ces parents à leur tour attestent par des remerciements à travers des appels téléphoniques, des visites qui nous vont droit au cœur. Il n’y a rien de plus plaisant d’entendre un parent nous remercier de notre travail. Cela nous rend fier de ce que nous faisons et nous met aussi des défis à relever plus pour satisfaire les parents et surtout faire de ces filles demain des femmes exemplaires (des femmes parfaites) car comme l’a compris AMK à travers Koffi Annam « il n’y a pas d’outil de développement plus efficace que l’éducation des filles et des femmes ».

            Bien sûr tout n’est pas rose dans la vie de l’internat. Il y a des hauts et des bas, mais c’est en tombant qu’on apprend à reconnaitre ses erreurs et à les rectifier : l’erreur est source d’apprentissage. Et c’est vrai que la tâche est lourde car gérer un groupe de filles (30) qui ont l’âge de la puberté n’est pas facile et c’est notre mission. Ce qui est vraiment inquiétant pour moi et en tant que mère de ses enfants c’est quand elles commencent à avoir leurs petits amis (garçons) parce qu’elles ne maitrisent pas leur cycle et la plupart d’entre elles na savent comment éviter les grossesses précoces. Mais avec les interventions des missions d’AMK à travers des causeries et des débats cela nous aide beaucoup. “

Voila c’est tout, merci pour tout les gestes que vous faites pour l’internat. »

    Merci d’avoir pris un peu de votre temps pour lire ces témoignages.        Claude SAGNES

LES DIOLAS : approche culturelle

OBSERVATIONS ET REFLEXIONS / Mission de décembre 2012

par  Marie France FRUTOSO,  psychiatre anthropologue

                               Les  DIOLAS : approche culturelle:

            La colonisation de la Casamance a été tardive et  la résistance de la région d’Oussouye tient à sa géographie : la forêt a  fait longtemps obstacle et a permis de repousser l’islamisation  amenée par les mandingues et à l’animisme de perdurer jusqu’à présent et avec lui  l’organisation sociale Diola.

 Les valeurs Diolas :

 –          Le pragmatisme : « Le Diola valorise ce qui sert à l’action et ce qui est utile … il rejette l’inutile et le nuisible. Le  comment  l’intéresse, pas le pourquoi ». LV THOMAS.

        « Ce qui est bon, le Diola le conserve. Ce qui est médiocre, il l’améliore. Ce qui est mauvais, il l’écarte … Le Diola est ouvert au progrès ».

=> Donc pas de rejet de la médecine occidentale a priori.

 –         L’honneur : qui est basé pour l’homme sur le respect de ses devoirs et sa responsabilité  de chef de famille ainsi que des valeurs diolas : travail, autonomie et indépendance, respect des anciens, paix sociale du groupe. Par contraste, importance de la honte et du déshonneur qui renvoient  à l’oisiveté, à la paresse et au vol

  –          Autonomie et indépendance matérielle : qui sous-entend  l’importance du nombre de rizières et de têtes de bétail qui fait la fierté du diola (femme ou homme). De fait, le suicide par déshonneur existait pour un chef de famille qui ne pouvait pas assumer son rôle.  De même, une veille femme qui ne pouvait plus être autonome, se laissait mourir.

 –          La reconnaissance et le respect : des parents, des ainés et de la tradition. Selon certains, on doit connaître le nom de ses ancêtres sur 13 générations. On ne remet pas en question les décisions  des notables  et des aînés du quartier et on ne les interrompt pas lorsqu’ils parlent. Pour s’adresser à eux et se faire entendre on use de circonvolutions.

 –         La paix et  l’harmonie dans la concession : elle est primordiale et relève de la responsabilité du chef de famille qui doit l’obtenir. Il en va de même pour le quartier et le village. Lorsqu’un conflit n’est pas réglé, on se réunit sur la place où chacun peut s’exprimer. Parfois les réunions se font au bois sacré ou devant un fétiche.

 –         Le sens du secret et la place importante de l’interdit, le « ny-ny » : qui fait dire à certains que beaucoup d’aînés ont emporté leur connaissance et secrets avec eux, la transmission du savoir n’étant pas automatique mais laissée à la discrétion de qui le possède à qui il juge digne de le recevoir (sens du secret, honnêteté et droiture).

   La famille :

          La société diola est patrilinéaire : c’est à dire qu’un enfant appartient à la lignée de  son père qui lui donne son nom. La résidence est quant à elle patri-viri locale « la femme n’habite pas la case.

         Le patrimoine est donné aux fils. La fille n’hérite pas mais elle peut avoir l’usufruit de rizières. A noter l’importance et la place prépondérante du neveu et de la nièce d’un homme.  Dans les mariages, les décès ou les enterrements, le neveu a un rôle important voire essentiel. Il s’autorise à donner son avis souvent. En cas de conflits ou de litiges fonciers, il est alerté le premier et il s’occupe de convoquer la famille et donne son avis « le juge n’a pas froid aux yeux ».

 –         Le mariage :

         Les diolas animistes étaient (et sont) le plus souvent monogames mais pouvaient contracter des unions successives. D’après certains, le mariage pouvait avoir lieu par enlèvement et par choix réciproque. Une femme ou un homme, mariés, pouvait même choisir son partenaire et décider de quitter son mari ou sa femme pour un ou une autre. Le nouveau mari enlevant sa femme.

         Parfois une femme pouvait avoir eu plusieurs maris successifs chacun dans un quartier différent et donc des enfants dans plusieurs quartiers. Selon certains c’est une stratégie mise en place par les femmes pour faire cesser les guerres entre quartiers qui étaient fréquentes : aucun guerrier n’aurait risqué de tuer son frère en prenant les armes contre un quartier ennemi où vivait celui-ci.

         Les hommes ont repris cette astuce à leurs comptes en faisant du nombre d’épouses successives un élément de fierté! Actuellement la tendance s’est inversée, les femmes rechignant à prendre pour mari un homme qui a déjà été marié, les hommes ont des difficultés à trouver un épouse, ils sont l’objet de critiques par les ex-épouses et de méfiance par les parents de celle qu’ils convoitent. De ce fait les divorces sont rares.

 –         L’enfant : La stérilité est une calamité dans la société diola, d’où l’absence du jugement moral lors d’une grossesse précoce hors-mariage, celle-ci étant le signe de fécondité devant laquelle la virginité n’a aucune valeur. Ce qui peut expliquer les grossesses précoces souvent dénoncées.

 –         Les femmes :

         Pour épouser une femme, un homme doit verser une dot à la famille de celle-ci (bétail, vin de palme), et à laquelle le neveu peut avoir accès pour partie. Une femme reste attachée à son lignage, d’où la méfiance qui l’entoure dans la concession, et le lignage de son mari. Elle est en effet soupçonnée de favoriser son clan et risque donc de dévoiler les secrets de celui de son époux.

         De fait, elle garde un rôle important dans la famille de son père, où elle est la tante qui intervient pour préparer le mariage, s’inquiéter du bien-être de son neveu, et partir en recherche de causalité s’il est gravement malade.

         Dans la société animiste diola, la femme semble toujours avoir eu une certaine autonomie : elle garde son nom et ses biens. Autrefois à Eloubaline, dans un couple chacun avait une obligation de nourrir les enfants en fonction de son capital en rizières. L’époux n’étant pas tenu de nourrir sa femme qui devait subvenir  à ses  propres besoins et inversement, mais les femmes, ayant  en général peu  de rizières, il arrivait qu’elle n’ait plus de riz : elles ne mangeaient  alors pas !

         Les femmes sont le maillon fort dont la parole compte au sein du lignage. En cas de litige foncier, elles sont consultées pas leurs frères et neveux et aident à établir des stratégies. Elles ont leurs fétiches et leur bois sacré.

         A Diembering, une forme d’égalité homme-femme est décrite malgré la répartition stricte des rôles et des places de chacun dans la maison, le travail et la société villageoise. Rôle qui peut être chamboulé dans les travaux des champs: lorsque le repiquage ou la récolte du riz qui sont réservés aux femmes pressent, le mari aide son épouse,  nécessité fait loi chez les diolas, la récolte d’abord.

         Les femmes peuvent être des relais importants dans le cadre des missions AMK, leur  rôle dans  le maintien  des coutumes  et de la religion est loin d’être négligeable. Plusieurs fois, lors d’échanges avec des informateurs, ces derniers ont été mis en garde par des passantes qui  les estimaient trop bavards!

 Les  fétiches :

          Intermédiaire entre dieu et les hommes ils sont nombreux et se déclinent  par village, quartiers et concession.       Le fétiche est le socle de la société diola animiste. Il est entretenu par un féticheur membre d’une  famille responsable du fétiche du quartier, par un ancien élu par les autres féticheurs pour les fétiches du village. Il a une fonction identitaire et est garant de l’ordre et des valeurs diolas.

 « Si tu t’entêtes le fétiche te rappelle tous les jours ce que tu dois faire », à travers de symptômes qui signent le dérèglement, la transgression, la désobéissance ou la négligence.

 Le recours au féticheur qui propose une offrande ou un sacrifice amène la « restitutio ad integrum » signe de réparation sociale autant que physique.

               Il n’y aurait, à priori, pas de rivalité entre le fétiche et la médecine occidentale, selon un féticheur et nos différents informateurs. L’un et l’autre intervenant sur des registres différents. L’un soigne le corps physique, l’autre renvoie  au désordre social et remet de l’ordre. Pour exemple, dans le cas de la bilharziose, le fétiche concerné est le kataf, fétiche de la lance qui existe dans chaque quartier de Diembering. Le rouge des urines faisant référence au sang qui coule de la blessure de combat. Le féticheur du kataf ne s’offusquerait pas de l’intervention de médecins auprès des écoliers et des soins qui leur seraient  donnés.

 « Pragmatique et ouvert », le diola  utilise la compétence où elle est, et plus encore si elle s’offre à lui!

                                                 MISSION    AMK décembre 2012

Ma place et mes observations-réflexions :

          « A.M.K agit dans le but de venir en aide à la population locale Casamance » et c’est dans ce but que je vais en « mission ». Si j’ai bien signé cet engagement, pour moi, l’aide était prévue, indirecte, puisque je devais aider à la demande de  D. Basset le  groupe  Santé Publique prévention et soin de la bilharzioze « à appréhender  l’approche culturelle et la vision Diolas vis à vis des maladies ». Ce que j’ai essayé de faire, cependant, très vite prise au jeu de présentation du cycle de bilharzioze,  j’ai participé activement à l’information et au dépistage dans les classes ainsi qu’aux réunions et rencontres.

         Après avoir appris d’Annie et Didier la méthode, Chloé, Laura et moi avons œuvré. Nous avons essayé de faire du jeu des questions-réponses un moment d’échange dynamique et donc de le moduler en fonction des classes et de l’âge des élèves. Nous avons également essayé de faire participer l’enseignant en nous aidant de lui pour l’appel ou l’adaptation des questions voire la traduction pour les plus petits.

         Cette place d’observation participative m’a permis d’entrer en contact avec des enseignants, de rechercher et d’écouter leurs réflexions sur la bilharzioze et le comportement des enfants et adolescents. Mais j’ai également échangé et recueilli des informations auprès de certains accompagnants sur les usages de leur village et j’ai observé des comportements, des réflexions riches d’informations sur le fonctionnement « Diola ».

         De l’échange avec Chloé et Laura sur nos impressions d’une première expérience dans une classe, puis avec Didier et Annie, est né le besoin de faire une lecture critique de ce que nous demandions: comment interdire la baignade et/ou la pêche à des enfants (qui n’a jamais pissé dans la piscine, la rivière !) femmes et enfants passent de longues heures dans l’eau des rizières ?

         Il m’est apparu utile, cohérent et plus en accord avec moi- même, d’insister auprès des enseignants et des élèves sur la contamination de l’eau des mares et des rizières par l’urine.

Mais la difficulté reste puisqu’on nous a fait remarquer que rester dans l’eau entraine  « l’envie de pisser » et que sortir de la rizière pour aller parfois loin peut être vécu comme un signe de fuite du travail et de paresse!

         Quant aux mares, si certaines sont interdites parce que sacrées, la plupart sont le lieu de lavage du linge, de la toilette et de la pêche. Insister sur l’interdiction d’uriner est donc essentiel mais également, comme l’a précisé Didier, sur la notion d’horaires à moindre risque, d’essuyage.

           Dès les premières interventions et rencontres, le postulat de départ a évolué et je suis passée de : comment les diolas appréhendent- ils la maladie et comment la connaissance de la culture locale peut-elle aider à la prévention, à : comment intervenons-nous et nous intégrons-nous dans la culture et l’organisation locale villageoise mais aussi dans le système de santé sénégalais ?  :

                    – Avons-nous notre place et quelle place ?

                    – Pourrions nous être instrumentalisés dans le système des relations de rôles et des places, celle des professionnels / aux usagers / villageois / agents de l’état ?

                    – Qui fait quoi et quels sont les liens association-système de santé en place ?

 

         Ce questionnement a trouvé un écho auprès du groupe générant un échange-débat la veille de la rencontre avec le Comité de Santé.

1 – Echanger, s’appuyer sur, diriger vers les professionnels et locaux, etc …,

2 – Utiliser les compétences locales,

3 – Echanger avec les femmes et les mères,

          Observation, questions, impressions, commentaires à partir des échanges dans les classes et entre nous ont abouti à un débat plus général la veille de la rencontre avec le comité de santé qui a porté sur nos actions, leur sens et l’attendu des membres de l’association comme celui des populations.

         Cette rencontre et celle avec le Dr Badiane ont confirmé et renforcé ma et nos hypothèses et souhaits : le comité de santé nous perçoit comme 1’aide : nous « les épaulons« ; Badiane évoque la « dépendance passive des assistés qui attendent AMK ». Il souhaite que nous orientions les personnes vers les professionnels locaux.

         Christine la sage- femme a la nostalgie des échanges et des repas pris en commun. Cela fait écho à ce que nous avons pensé utile : monter des projets qui intègrent et s’appuient sur les professionnels locaux et intègrent les compétences locales. Comme, par exemple dans les classes, les instituteurs d’une part et les infirmiers pour donner le médicament. Ayons une action à visée participative : temps de réflexion d’élaboration commune / refaire les textes /   repenser la problématique avec l’apport local comme l’ont fait les professeurs et élèves du collège pour la pièce, ou comme pour la chanson.

         Rencontrer les femmes, les mères.

          Penser A.E.L.P.S : Analyse Evaluation Locale d’un Projet de Santé. Action courte menée à son terme qui intègre, tient compte des conceptions locales y compris la dimension spirituelle.

         Passer du « faire pour et à la place » à « faire avec » pour apprendre à l’autre à « faire par lui-même ».

          Pour moi le plus grand écueil est celui du risque d’induire et d’alimenter la passivité et la dépendance même si les Diolas sont suffisamment malins pour utiliser notre besoin d’humanitaire à leur guise.

 

Villages de Casamance dans lesquels AMK intervient :

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AMK réalise plusieurs missions par an en Basse-Casamance  département d’Oussouye, en général 3 missions Soins et 2 missions Santé Publique. Ces missions sont conduites en accord avec le Docteur Malick BADIANE, médecin-chef de l’hôpital d’Oussouye, et en concertation avec la Communauté Rurale de Diembering.

C’est au total une vingtaine de villages qui sont régulièrement visités chaque année. Chaque mission Soins a une durée de 14 jours et concerne une dizaine de villages. Les missions Santé Publique (prévention de la bilharziose) concernent en particulier les villages de Diembering et de Kabrousse.

Les équipes de missions Soins sont généralement composées de 3 médecins, de 2 dentistes, d’un pharmacien, de deux infirmières, et d’un logisticien.

Lettre aux parrains de l’Internat – Juillet 2012

La lettre aux parrains de l’internat pour jeunes filles de Diembering         Juillet 2012

Cette année les grèves des enseignants ont fait reculer la date des examens, en particulier le BFEM, équivalent de notre BEPC. Ainsi quelques élèves de 3ème vont le passer fin juillet alors que normalement c’est fin juin, et sont donc restées à l’internat.
Marie-Hélène, la Directrice, a eu une petite fille Astou Sow. Bien sûr elle n’a pu suivre,
durant le premier semestre 2012, la vie de l’internat que de loin. Joséphine a pris le relais et s’est acquittée seule de la direction de l’internat. En octobre tout rentrera dans l’ordre avec son retour.
Le Comité de Gestion se réunit maintenant régulièrement. Il avait décidé de recruter pour
quelques heures par semaine un « encadreur », une personne chargée d’aider les jeunes filles dans les matières scientifiques. Cela avait un coût et ils ont préféré arrêter l’expérience pour l’année prochaine et développer l’entraide entre les filles. Devant le nombre de demandes ils ont également décidé de porter le nombre de jeunes filles à 30, ce qui est la capacité maximale de l’internat.
Les résultats scolaires ont été jugés satisfaisants. Seule une élève n’a pas eu la moyenne au
2ème semestre. Les notes s’échelonnent de 17 à 8.
Le Comité de Gestion a proposé de continuer à rémunérer Joséphine et d’en faire de même
pour Marie-Hélène (60 000 FCFA mensuellement chacune, soit 90€). Nous avons accepté, le bénévolat de Marie-Hélène ne pouvant durer éternellement. Une cuisinière est aussi venue aider à la préparation des repas du midi. Cette tâche initialement confiée aux jeunes filles leur prenait trop de temps (coût 30 000F CFA mensuel, soit 45€).
Il a fallu au deuxième semestre changer 4 batteries et l’onduleur de l’installation solaire, ce
qui a provoqué des coupures pendant un certain temps. La chaleur explique surement cela. En avril une mission d’Electriciens Sans Frontières est revenue en Casamance travailler sur de nouveaux projets. Ils en ont profité pour retourner à l’internat et améliorer quelques câblages. Ils préconisent d’ajouter des panneaux solaires.
La construction d’un poulailler et d’un local de stockage pour les denrées alimentaires ont été proposées par le Comité de Gestion. A l’heure actuelle l’état de nos finances ne nous permet pas d’y donner suite.


Nous sommes toujours 42 parrains et marraines. Mi 2012 nous avons en caisse 2320€.
N’hésitez pas à faire connaitre l’internat auprès de possibles nouveaux parrains. Qu’ils
n’hésitent pas à me contacter. Vous aurez en effet noté les dépenses supplémentaires prévues pour la prochaine année scolaire, les rémunérations, et les projets en attente que nous ne savons pas financer.
En avril lors de la mission médicale d’AMK, Christelle et Valérie ont organisé une causerie à
l’internat sur leurs préoccupations (puberté, MST…) avec Joséphine et Christine la sagefemme de la maternité de Diembering.
Merci de votre soutien     Claude SAGNES

N’hésitez pas à me contacter  : c.sagnes@wanadoo.fr